« Bon, maintenant, je vous propose que l’on discute ensemble de nos rapports à la domination et, pour cela, que l’on se raconte des histoires qui nous sont arrivées. »
explique Mathilde Burucoa, metteuse en scène, à un groupe de jeunes résidant à l’Association habitat jeunes de Tarnos. Ils viennent de se rencontrer et de se présenter. Et nous, on retient notre souffle.
Vraiment, on peut lancer ce sujet aussi simplement ?
Oui. Et sûrement grâce à cette franchise désarmante que l’on peut lire sur le visage de Mathilde. Tout le monde s’y met : les jeunes, les éducs, nous, Mathilde… On raconte nos histoires, parfois drôles, parfois grinçantes, souvent amères. On parle patron et proprio. On parle lutte des classes et migration. On parle sexisme et politique. Et puis on rigole, on reprend une chips et on se sert un nouveau verre de thé à la menthe.
Mais qu’est-ce qu’il raconte à la Loco, nous direz-vous ? Depuis quand on parle théâtre ici ? Et de politique ?
Et la musique dans tout ça ?
Pour tout ça justement, il faut repartir un peu plus loin. En juillet dernier précisément, quand la ville de Tarnos nous a proposé un partenariat d’un nouveau genre : un financement supplémentaire en échange d’heures allouées à la médiation sur la ville de Tarnos. Des heures pour travailler à rendre la culture accessible à tous. La culture musicale donc, car c’est notre domaine principal, mais pas que. Nous travaillons sur plusieurs spectacles et propositions artistiques de la saison culturelle tarnosienne.
Depuis donc, on organise des ateliers de MAO avec la MECS de Tarnos, on discute danse contemporaine avec les troisièmes prépa-métiers et nous y voilà, on interroge les rapports de domination en faisant du théâtre forum.
Pourquoi ça nous importe ?
Parce qu’on est aussi, depuis toujours, une association d’éducation populaire qui en défend ses valeurs avec ferveur. Et ici particulièrement parce que les rapports de domination au travail, c’est aussi un thème d’actualité, dont il faut s’emparer pour en faire un sujet : un sujet brûlant, qui plus est, dans les musiques actuelles.
Nous y voilà donc, parlant rapports de domination avec une quinzaine de jeunes volontaires entre 16 et 30 ans. On réfléchit, on se remet en question, on essaye même de hiérarchiser les oppressions (spoiler, c’est pas facile).
Et donc concrètement ?
Après cet atelier de présentation, nous sommes allés voir la pièce. Et croyez-moi, après avoir décortiqué ça tous ensemble, la pièce prenait tout son sens.
Tellement que l’on s’est revus le lendemain. Pourquoi faire ? Pour la rejouer ensemble avec les comédiens. Pas tout hein, mais quelques scènes clés, en se demandant : est-ce que tout aurait pu être différent ? Comment pourrait-on rejouer ça ensemble ? Est-ce que l’on peut changer la fin ?
Et dans la vraie vie, ça marcherait ?
Croyez-moi ou non, mais après quelques essais, on a réussi à les faire bouger, ces lignes, et à trouver des solutions. On s’est rendu compte que d’en faire un sujet et de le faire ensemble, c’était déjà un sacré bout de chemin parcouru. On s’est même dit qu’on avait peut-être découvert des acteurs et des actrices en herbe, mais ça, c’est une autre histoire.
On me murmure à l’oreille que la compagnie normande cherche à ouvrir une antenne Landaise. Et si c’était bien le cas, on se dit qu’on recommencerait bien à plus grande échelle. Et qu’on en a quelques-unes, des histoires qu’on réécrirait bien tous ensemble…