EDITH PIAF

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Enfance

Naissance

Edith Giovanna Gassion est née le 19 décembre 1915 à Paris. D’après la légende et ce qu’elle raconte, elle serait née dans la rue, sur les marches de l’immeuble où habitaient ses parents d’un accouchement assisté par un policier. Légende qu’elle finit par croire elle-même, mais totalement fausse : en effet, son acte de naissance indique bien que Edith est venue au monde à l’hôpital

Edith enfant

Edith est née dans la misère d’une mère chanteuse de cabaret et d’un père artiste acrobate/contorsionniste. Son père, Louis, est mobilisé à la guerre dès 1914 et sa mère Annetta, alcoolique, toxicomane et instable, coure après les cachets de spectacle et ne peut s’occuper de Edith. Elle est donc confiée très jeune à sa grand-mère maternelle, ce qui n’est pas vraiment mieux : elle est également alcoolique, délaisse Edith qui vivra pendant près de 18 mois dans un appartement crasseux dans lequel elle manquera cruellement d’hygiène. 

Louis Gassion, père d’Edith
Annetta Maillard, mère d’Edith

La maison close

En permission, Louis prend conscience de la situation désastreuse dans laquelle vit sa fille et la récupère pour la confier à sa propre mère (grand-mère paternelle d’Edith). Cette dernière tient une maison close en Normandie, dans laquelle Edith va grandir. Un contexte un peu étrange pour élever une enfant, cependant elle s’y sent bien : les prostituées s’en occupent à merveille, elle mange enfin à sa faim, apprend le piano et va à l’école. Edith leur en sera réellement reconnaissante et leur rendra hommage dans plusieurs chansons, comme “La fille de joie est triste” par exemple.

Pendant son “séjour” à la maison close, Edith développe une maladie grave des yeux susceptible de la rendre aveugle, probablement liée à son manque d’hygiène dans son logement précédent. Pendant un an, elle portera un bandeau et sera privée de la vue. Elle se met alors à prier Sainte Thérèse de Lisieux et finit par la recouvrir. Elle croit alors au miracle et conservera une dévotion très particulière à la Sainte durant le reste de sa vie.

La vie de saltimbanque

En 1922, alors que Louis vient rendre visite à sa mère et à Edith, le curé lui demande comment peut-il laisser sa fille grandir dans ce lieu de débauche. Louis décide alors de la récupérer et de l’entraîner dans sa vie de saltimbanque. Louis y gagne car elle attendrit les passants qui deviennent plus généreux, mais Edith y perd car elle ne va plus à l’école et sa vie redevient instable.

Un soir, alors que les Gassion ont effectué leur numéro habituel, Louis demande à Edith de chanter un air connu. Elle entame donc une chanson d’Aristide Briand avec une grande intensité. C’est un vrai succès et les passants donnent beaucoup d’argent. Son amour du chant commence.

C’est entre 1924 et 1925 que Louis présente Annetta à Edith. C’est en effet la première fois que Edith revoit sa mère depuis sa naissance. 

Naissance de la Môme Piaf

Simone et P’tit Louis

Entre 1930 et 1931, Edith fugue à plusieurs reprises, fait la rencontre de sa meilleure amie Simone Berteaut, surnommée “Momone”. Elles font la manche ensemble : Edith chante et Momone récolte les sous.

Edith et Momone

En 1932, Edith rencontre son premier grand amour, un garçon livreur nommé Louis Dupont, surnommé “P’tit Louis”. Ils s’installeront ensemble et auront une fille, appelée Marcelle qu’elle emmènera avec elle quand elle chantera dans la rue. À cette époque elle trouve des petits boulots comme crémière par exemple. Elle démissionne rapidement pour se remettre à chanter dans la rue mais est engagée en parallèle dans une boîte de nuit en tant que chanteuse et hôtesse. P’tit Louis ne supporte pas que Edith emmène Marcelle pour chanter dans la rue, il décide de la récupérer. Elle quitte P’tit Louis et Marcelle meurt en 1935, Edith en sera dévastée.

Louis Leplée

La même année, un certain Louis Leplée (encore un Louis, décidément) entend Edith chanter dans la rue. Il est fasciné par sa voix et l’invite à passer dans son cabaret. Il devient son mentor, son père adoptif d’une certaine façon et lui donne le nom de “La Môme Piaf”. 

Louis Leplée

Engagée pour une semaine, elle y restera finalement 7 mois jusqu’à l’assassinat de Louis Leplée. Avec Louis, la Môme Piaf obtient pas mal de succès en tant que chanteuse de cabaret. Elle enregistre son premier disque début  1936 Les Mômes de la Cloche” chez le label Polydor.

Vinyle « Les mômes de la cloche »

En avril 1936, Louis Leplée est retrouvé mort dans son appartement. On découvre qu’il fréquentait les milieux du banditisme de Pigalle. Edith est suspectée complice et fait une garde à vue de 48 heures. Les médias et le public s’acharnent sur elle, ce qui la menace de la renvoyer à la rue. L’affaire est finalement classée sans suite faute de preuve, mais Edith est très attristée par la perte de son père adoptif.

Edith veut rompre avec ses mauvaises fréquentations et éviter la misère. Fini la débauche, elle souhaite travailler sérieusement.

Le succès et la guerre

Début du succès

Le succès ne tarde pas : Radio Cité l’invite à chanter et elle se fait remarquer par les compositeurs Raymond Asso et Marguerite Monnot. Cette dernière sera une de ses meilleures amies, sa pianiste et compositrice durant le reste de sa vie. Elle est notamment à l’origine de “Milord” ou “L’hymne à l’amour”.

Marguerite Monnot

Raymond la reprend en main, l’éloigne de son milieu malsain. Il se charge d’être son mentor et la fait travailler pour qu’elle devienne une chanteuse de music-hall (grandes salles de spectacle à l’architecture luxueuse). C’est alors qu’elle troque son nom de la Môme Piaf pour Edith Piaf. Au cours de l’année 1936 elle enchaînera des concerts dans plusieurs grandes salles dont l’Européen par exemple.

Edith et Raymond Asso

Début 1937 elle entame sa carrière à l’ABC, célèbre music-hall, et devient une véritable vedette de la chanson française. La même année elle rencontre Danielle Bonel qui sera sa secrétaire et confidente tout le long de sa vie.

Edith et Danielle Bonel

Pendant la guerre

Pendant la Seconde Guerre Mondiale elle ne voit plus Raymond car il est mobilisé pour la guerre. Au terme du conflit, leur collaboration ne reprendra pas.

En 1940, elle triomphe au théâtre dans la pièce “Le Bel Indifférent” écrit par Jean Cocteau spécialement pour Edith. La même année, les nazis avançant dangereusement sur Paris, elle décide de partir pour une tournée à Toulouse. Une fois l’armistice signée, elle estime qu’il n’y a plus de risque et remonte sur Paris.

Affiche de « Le bel indifférent »

Elle doit s’enregistrer au département de la propagande allemande et accepter que toutes ses chansons soient vérifiées. Les nazis l’apprécient et l’encouragent dans son travail, ce qui lui fait prendre quelques libertés qui auraient pu lui causer de gros ennuis. Par exemple, en 1942 à l’ABC, elle chante “Où sont-ils tous mes copains ?”, chanson au titre et aux paroles assez explicites, enveloppée dans un drapeau français devant plusieurs rangées d’officiers allemands.

En 1941, elle joue dans le film “Montmartre sur Seine” de Georges Lacombe où elle rencontre Henri Contet qui deviendra l’un de ses paroliers préférés (auteur de “Padam, padam…” par exemple).

Affiche de « Montmartre sur Seine »
Edith et Henri Contet

Malgré la guerre, Edith enchaîne les tournées. En 1942, elle occupe tout le troisième étage d’une maison close et voit beaucoup d’officiers allemands passer. À cette époque, sa mère, toujours dans la misère et parfois en prison, demande à Edith des colis de survie. Elle lui en envoie mais refuse de la voir car elle ne lui a pas pardonné de l’avoir délaissée toute sa vie. Annetta mourra en 1945 d’une overdose, un an après son père Louis.

En 1944, alors qu’elle se produit au Moulin Rouge, un jeune chanteur du nom de Yves Montand assure sa première partie. Edith l’adore, le prend sous son aile et ils deviennent amants quelque temps.

Edith et Yves Montand

À la libération

Le rôle d’Edith Piaf dans la guerre n’est toujours pas clair aujourd’hui, certains l’ont accusé de collaboration. Quoi qu’il en soit, elle a été blanchie par le comité d’épuration (chargé de juger les personnes ayant collaboré avec les nazis) grâce au témoignage de Andrée Bigard, une résistante.

Andrée raconte que lors d’une représentation en Allemagne devant des prisonniers français, elle se serait fait prendre en photo avec certains, ce qui aurait permis de créer plus de 118 faux papiers permettant aux prisonniers de se faire passer pour son orchestre et repartir avec elle lors de concerts ultérieurs. Une histoire pleine de courage, mais aucune preuve ni témoignage de prisonniers n’existe pour confirmer ce fait. 

Edith avec des prisonniers de guerre

Cependant, ce qui est sûr c’est que Edith a laissé Andrée écrire des lettres de résistance dans l’une de ses chambres, prétextant un poste de secrétaire répondant aux courriers de ses fans. Elle aurait également aidé 2 ou 3 de ses amis juifs résistants à passer du côté de la France libre.

En 1945, elle écrit “La Vie en rose” qu’elle enregistre l’année suivante et qui sera, nous le savons tous, un énorme succès. 

Gloire professionnelle et difficultés personnelles

Marcel Cerdan

En 1947, alors en tournée triomphale à New-York, elle entame une relation avec le grand amour de sa vie, le champion de boxe Marcel Cerdan. C’est pendant cette relation qu’elle écrira son autre grand succès “Hymne à l’amour”.

Le 28 octobre 1949, sur demande express d’Edith, Marcel la rejoint en France depuis New-York. Il annonce prendre le prochain bateau, Edith lui dit de prendre l’avion. Ce dernier est complet mais un couple lui cède leurs places par gentillesse. Marcel meurt dans le crash de l’avion, Edith écrira en son hommage la chanson “Mon Dieu”.

Edith et Marcel Cerdan

Rongée par la souffrance de la perte de Marcel ainsi que par la polyarthrite aiguë qu’elle est en train de développer, elle commence à prendre beaucoup de morphine. Cette substance, combinée à l’alcool, plonge Edith dans un état physique et mental assez délabré et elle se voit contrainte de refuser des rôles au cinéma.

Les années 50 et 60

Charles Aznavour

En 1951, elle rencontre le jeune Charles Aznavour qui devient son homme à tout faire et son confident. Il lui écrit quelques chansons, comme par exemple “Plus bleu que tes yeux”. Edith le conseille, lui apprend le métier et devient son mentor.

Edith et Charles Aznavour

Jacques Pills

Elle épouse le chanteur Jacques Pills le 20 septembre 1952. Ils divorceront en 1956.

Edith et Jacques Pills

Désintoxication

En 1955, après quelques cures de désintoxication, elle finit par sortir de son addiction à la morphine mais soigne sa maladie avec de fortes doses de cortisone. Elle est également toujours dépendante à l’alcool. Elle replongera cependant dans la morphine vers 1956.

Malgré ses problèmes lourds à porter, Edith reste une véritable vedette en Occident, notamment aux USA.

Milord

Edith enregistre “Milord” en 1959, un de ses plus gros succès, qui parle de la rencontre d’une prostituée avec un client riche en mal d’amour. La même année, elle s’écroule sur scène et subit plusieurs opérations.

« Milord« 

Sauvetage de l’olympia

En 1961, elle sauve l’Olympia de la faillite en donnant plusieurs concerts dans lesquels elle interprétera l’emblématique chanson “Non, je ne regrette rien”. À ce moment-là, elle souffre tellement qu’elle ne peut chanter qu’avec une dose de morphine.

Second mariage

Le 9 octobre 1962 elle épouse Théo Sarapo. Elle en fait son secrétaire, manager. Elle souhaite également lancer sa carrière de chanteur et devient donc son mentor. Théo restera avec Edith jusqu’à la fin.

Edith et Théo Sarapo

Décès

Au début de l’année 1963 elle enregistre sa dernière chanson : “L’Homme de Berlin”. Le 10 octobre 1963, Edith est victime d’une rupture d’anévrisme et meurt à l’âge de 47 ans à dans sa résidence à Grasse en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Afin de conserver sa légende et d’essayer de respecter sa volonté, on dit qu’elle est décédée le 11 octobre chez elle à Paris. Cette volonté est exaucée dans l’illégalité. Ses proches montent le corps à Paris avec un ambulancier de confiance, Edith est placée dans son lit et un médecin de confiance également, accepte de falsifier le certificat de décès.

Edith repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise, au côté de son père et sa fille Marcelle. Théo Sarapo y est également enterré à sa mort.

Malgré un décès prématuré, Edith Piaf reste encore aujourd’hui une véritable vedette de la chanson française. De sa vie en sera tiré le film « La Môme » dans lequel le rôle d’Edith Piaf est interprété à merveille par Marion Cotillard.

SOUrces

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89dith_Piaf

https://www.youtube.com/watch?v=DWX9KP6H5RM&ab_channel=Europe1

https://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2014/12/01/les-artistes-francais-sous-l-occupation_4532242_1655027.html

https://www.edith-piaf.fr/edith-piaf-pendant-loccupation-allemande/

http://holocaustmusic.ort.org/fr/resistance-and-exile/french-resistance/edith-piaf/

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_en_rose

https://fr.wikipedia.org/wiki/Milord

https://www.rtl.fr/culture/culture-generale/pourquoi-edith-piaf-est-morte-deux-fois-7900307241